 Speaking tree |
1999-2006. Tu m’avais dit de marcher tout droit. Tu m’avais dit, d’aller là-bas à la frontière de l’Inde et du Pakistan, parce que j’y trouverais des hommes indestructibles et quand je les aurais trouvés, je comprendrais ce qu’ils auraient à me dire. Là bas, tout droit, cela voulait dire loin, très loin, au fin fond du Gujarat, au nord-ouest de l’Inde, dans le désert du Kutch.
Tu m’avais dis de ne pas revenir avant d’avoir trouvé sinon une réponse, du moins une lueur. Que pourrais-je apprendre d’une tribu dont, avant que tu m’en parles, j’ignorais l’existence ? Des Rabaris, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, la seule chose que j’ai eu envie de retenir est que leur nom signifie : « ceux qui s’en vont ». J’étais allée à leur rencontre, en cela tu avais raison. Et pourtant, aucun d’entre eux ne m’a donné de réponse.
Tu avais pensé que je puiserai ma force dans une autre force, tu avais pensé à celle des rabaris, à celle de ces hommes invulnérables, qui ont survécu à toutes les catastrophes possibles sur une terre dont on a dit qu’elle n’était pas faite pour les hommes : la famine, la sécheresse, les tremblements de terre. Mais comme a écrit quelque part un poète libanais : « Les oiseaux ne se posent pas toujours sur les signes ». Aussi, t’ai-je rapporté une autre histoire. Non, pas une histoire de force, de courage et de sagesse comme celle à quoi tu t’attendais, mais celle d’une folie magnifique, celle d’un être à contre-courant. Trop fragile, trop faible, trop sensible. Il s’appelle Deva.
|